Des actes de rébellion et de résistance contre l'ordre établi se sont manifestés tout au long de l'histoire humaine avec, il est vrai, une accélération des luttes sous l'action conjuguée des révolutions industrielles, de l'émergence de la conscience de classe sociale et enfin de principes universalistes dont la France se flatte d'être le berceau.
Plutôt que de se concentrer sur l'ère moderne, voyons comment ces mouvements se sont continuellement manifestées depuis l'Antiquité au travers d'une sélection de dix dates parmi les plus décisives, en toute subjectivité.
493 avant J.C. - Les tribuns de la plèbe
La jeune République romaine relève d'un système oligarchique contrôlé exclusivement par le patriciat, c'est-à-dire l'ensemble de l'aristocratie descendant des 100 premiers sénateurs (les pères) de Rome. La plèbe, le peuple, dont les hommes étaient des citoyens-soldats, devait assurer l'effort de guerre contre les autres peuples installés sur la latium. La succession de ces conflits provoquant l'appauvrissement de ce corps social (95% de la population), jusqu'à la mise en esclavage pour non paiement de dettes, l'armée constituée des conscrits a décidé au retour d'une campagne de faire sécession à proximité immédiate de Rome, selon les sources sur l'Aventin ou sur le mons Sacer. De là ils firent conjuration, au sens strict de jurer ensemble, qui conférait à leurs nouveaux représentants - les tribuns de la plèbe - une protection collective : la sacrosanctitas, l'inviolabilité, le fondement de la puissance tribunicienne ; quiconque s'en prenait à un tribun, physiquement puis également verbalement, devenait sacer, un pariât dont la tête était vouée à Jupiter c'est-à-dire à la mort.
Le Sénat trouva le moyen en 493 avant J.C. de la réconciliation entre les deux ordres, la concession pour sortir de la sécession : il consentit que la plèbe ait ses représentants sacronsancti qui les défendrait contre les consuls. D'abord deux, puis cinq, puis dix, les tribuns de la plèbe sont devenus une magistrature singulière dotés de contre-pouvoirs exclusifs parmi lesquels :
- le veto : le pouvoir d'interdire ou d'empêcher les actions des magistrats contraires aux intérêts collectifs de la plèbe, typiquement devant le Sénat ;
- l'auxilium : le droit de soustraire un plébéien à l'exécution coercitive d'un magistrat, ce qui fait de la maison des tribuns un lieu d'asile dont les portes doivent rester ouvertes jour et nuit. Dans sa forme la plus concrète le pouvoir de faire écran de son corps la main tendue à plat face au licteur procédant à une arrestation arbitraire.
Michelet (Histoire romaine) résume admirablement le rôle central de ce magistère : « Tout le pouvoir [des tribuns] était dans un mot : veto, je m'oppose. Après cette unique parole, ils arrêtaient tout. Le tribun n'était que l'organe, la voix négative de la liberté. Mais cette voix était sainte et sacrée. C'est de ce faible commencement que partit cette magistrature qui devait emprisonner les consuls et les dictateurs descendant de leur tribunal. Le pauvre eut mieux qu'il ne voulait. Muet jusque-là, il acquit ce qui distingue l'homme : une voix ; et la vertu de cette voix lui donna tout le reste.»
73-71 avant J.C. - Les révoltes de l'Antiquité : Spartacus
Si Spartacus est le plus connu des révoltés de l’Antiquité, il ne fut ni le premier ni le dernier durant cette période où l’esclavagisme était la norme dans presque tout le monde connu. De multiples soulèvements auront lieu en effet. Parmi ceux-là, en 933 avant J.C. des paysans juifs se révoltent en Judée contre les corvées. En 510 avant J.C., les esclaves se soulèvent à Athènes, cela participera (avec l’aide de la rivale Sparte) à faire tomber la tyrannie. Neuf ans plus tard, leurs homologues de Rome occupent le Capitole. Ils seront tous crucifiés. Deux autres révoltes auront lieu à Rome au Ve siècle avant J.C. et seront réprimées de la même façon.
Spartacus était un berger thrace devenu soldat auxiliaire dans l’armée romaine. Mais il déserta et, repris, fut asservi. L’homme était une véritable force de la nature et on l’obligea donc à devenir gladiateur dans la ville de Capoue. À l’été 73 avant J.C., il s’évade avec 73 de ses compagnons gladiateurs. Armés, ils massacrent la police de la ville et se réfugient sur les pentes du Vésuve. À l’annonce de cette révolte, Spartacus est rejoint par des milliers d’esclaves, de gladiateurs et même de petits paysans libres. Les 3 000 soldats envoyés contre eux sont battus à plusieurs reprises. À l’automne, Spartacus dirige 40 000 hommes et occupe toute la Campanie (région de Naples). Pour les déshérités de la région, il met en place une réforme agraire avec déjà « la terre aux paysans ». Mais pour les ex-esclaves non romains, il veut quitter l’Empire pour que ses hommes puissent rentrer dans leur patrie. Il remonte alors vers le Nord, battant plusieurs légions romaines dans les Abruzzes et la plaine du Pô. Cependant, il commet l’erreur tactique de redescendre dans le Sud. Rome prend peur et charge le riche préteur Crassus d’armer 50 000 hommes.
Spartacus veut alors passer en Sicile pour y libérer les dizaines de milliers d’esclaves. Mais les pirates qui devaient lui faire passer le détroit de Messine le trahissent. En mars 71, l’armée des révoltés est écrasée et 6 000 prisonniers sont crucifiés sur la Via Appia, la route qui mène de Capoue à Rome. Une dernière grande révolte servile aura lieu en Sicile en 35 avant J.C. L’Empire romain connaîtra sur sa fin d’autres révoltes. Celle comptant des ouvriers agricoles gaulois, mais aussi des esclaves, dirigée par Tibatto, de 435 à 437 après J.C.
L’Empire, alors qu’il devient chrétien, connaîtra aussi des révoltes sociales-religieuses dirigées par des prêtres et des évêques schismatiques qui dénonceront la collusion de l’Église et de l’État, tout au long du IV siècle.
1229 - Le droit de grève
L'histoire commence fin février 1229, lorsque des étudiants se bagarrent dans une taverne du faubourg Saint-Marcel à Paris, à cause du prix du vin. Certains reviennent le lendemain pour se venger, créant la panique dans le quartier. Les habitants appellent alors les sergents royaux pour ramener le calme, ce qu'ils firent avec la plus grande violence. Un chroniqueur anglais parla de 300 étudiants jetés à la Seine.
L'université réclame aussitôt justice à la reine et régente, Blanche de Castille. Mais la mère du futur Saint Louis ne veut rien entendre. Les professeurs se réunissent alors en assemblée, décident de cesser les cours et de quitter la ville. Au Moyen Âge, les universités n'ont pas de bâtiments spécifiques de sorte qu'il leur est assez simple de s'en aller ailleurs pour travailler. Il s'agit là certainement d'une des premières grèves de l'histoire, c'est-à-dire cette décision collective, prise en assemblée par les professeurs et les étudiants de cesser les cours.
Pendant deux ans, les professeurs s'exilent dans les autres universités européennes comme Oxford ou Bologne. Jusqu'à ce que le pape Grégoire IX intervienne pour régler le conflit et accorde à l'université de Paris, dans une bulle du 13 avril 1231 Parens scientiarum, un droit n'existant pratiquement pas dans les autres corps de métier : le droit de grève - appelée cessatio - ceci dans trois cas principaux :
- si on ne respecte pas la taxation des loyers, c'est-à-dire le fait de limiter les loyers des logements pour les étudiants ;
- si un professeur ou un étudiant est blessé ou tué et si on ne rend pas justice à cette personne ;
- en cas d'arrestation abusive ou expéditive par le pouvoir laïc des étudiants ou des professeurs.
Au Moyen Âge, l'université de Paris va de temps en temps user de ce droit de grève, tous les trois ou quatre ans, du XIII au XVe siècle.
En plus d'instaurer le droit de cessatio le texte du pape devient fondateur pour les universités en réglementant les relations entre l'université et le pouvoir royal, entre l'université et le pouvoir ecclésiastique, en libérant les enseignements et levant les censures précédentes (comme certains ouvrages d'Aristote). Il est reconnu que Parens scientiarum est la charte de fondation de l'université de Paris.
1358 - La Grande Jacquerie
Au Moyen Âge 80% de la population mondiale est paysanne. En Europe occidentale c’est le féodalisme qui règne. Dans ce système, l’esclavagisme antique a disparu. S’il reste dans certaines régions du monde du servage, en Occident le paysan totalement libre est minoritaire. La majorité dépend de son seigneur par tout un code complexe de dépendance fiscale, juridique et militaire.
L’historiographie contemporaine a pris l’habitude d’appeler ces révoltes paysannes « Jacqueries », venant du mot « Jacques ». Il s’agit d’un terme péjoratif employé par les nobles pour parler des paysans. Ces révoltes ont quasiment toujours les mêmes causes : trop d’impôts, trop de guerres, trop de misère. Quand la météo s’en mêle et que les récoltes sont mauvaises, les famines poussent les paysans à la révolte, voire à l’insurrection.
Ces dernières sont toujours très violentes. Les châteaux et les couvents sont brûlés, détruits, les nobles massacrés, leurs femmes violées et leurs enfants parfois brûlés vifs. Et depuis l’Antiquité, plus les classes possédantes ont peur de ces violences révolutionnaires, plus la répression est impitoyable et cruelle.
Les premières grandes Jacqueries sont signalées en Normandie en 996 et 1095. Suivront des soulèvements dans la région de Laon en 1175, en Picardie en 1251 (révolte des Pastoureaux). En 1320, le soulèvement des « néo-Pastoureaux » touche aussi bien la Normandie que le Limousin et le Périgord. Mais la Jacquerie la plus fameuse est la « Grande Jacquerie » du 21 mai au 10 juin 1358 qui touche le Beauvaisis. En effet, menée par Jacques Bonhomme (de son vrai nom Guillaume Caillet), cette révolte paysanne a pris une tournure politique en cherchant à faire sa jonction avec la municipalité de Paris en lutte contre le pouvoir royal.
C’est toute l’Europe qui sera touchée : le Sud de l’Angleterre en 1381, la Roumanie en 1437-1438, la Bretagne en 1489, l’Alsace en 1493, la Hongrie en 1514, la Suisse de 1591 à 1594, la Suède de 1595 à 1597 et même le Japon en 1441.
1791 - La loi Le Chapelier
Si la révolution de 1789 enlève quasiment tous pouvoirs à la noblesse et au clergé, elle prend aussi le soin de museler un mouvement ouvrier naissant.
Dans la nuit du 4 août 1789, les tout nouveaux députés de la Constituante sont réunis sous la présidence d’un avocat rennais, un certain Isaac Le Chapelier. L’homme refera parler de lui deux ans plus tard. Après des siècles d’oppression monarchiste, du jour au lendemain, ou plutôt d’une nuit au petit matin suivant, les privilèges sont abolis. C’est la fin des droits seigneuriaux et des douanes intérieures. Au passage, les libertés régionales sont rabotées. Si tous les citoyens deviennent en principe égaux, la doctrine de la nouvelle assemblée est basée sur la liberté du travail et du commerce. À noter toutefois que la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789, ne fait aucune allusion à cette liberté économique.
Les Constituants, dont la théorie du libéralisme économique ne reconnaît que l’individu, décident de supprimer les corporations de maîtres et les coalitions de compagnons (ces dernières étant les premières prémices des syndicats), pour donner la libre accession au patronat pour tous. C’est la loi d’Allarde du 2 mars 1791, premier pas vers la loi Le Chapelier. Le décret qui suit, proposé par Pierre d’Allarde, officialise « la liberté du commerce et de l’industrie », « la liberté d’entreprendre » et « la libre concurrence ». Mais cette loi crée un vide car elle n’évoque pas le droit des employés et leurs rapports avec l’employeur.
Au printemps 1791, compagnons et apprentis en profitent pour s’organiser face à la crise économique. Les biens du clergé sont en train d’être mis en vente en enchères. Ouvriers et paysans en sont exclus car trop pauvres et par ailleurs les élections ont encore lieu au suffrage censitaire. Seuls les citoyens qui paient un impôt au-delà d’un seuil, donc d’un montant conséquent, peuvent voter. Les grèves se font de plus en plus nombreuses à Paris en ce printemps 1791. Les ouvriers des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau se rapprochent des républicains du Club des Cordeliers, l’aile gauche des Montagnards, derrière Jacques René Hébert (1757-1794), le fondateur-directeur du journal Le Père Duchesne, Pache, le maire de Paris, le procureur révolutionnaire Chaumette et Jacques Roux chef des « Enragés », l’aile révolutionnaire du prolétariat-sans culottes parisien. Libérés des corporations de maîtres, compagnons et apprentis commencent à créer des « coalitions ouvrières ». Celle des charpentiers de la capitale va tenter d’imposer un tarif (salaire décent fixe) aux patrons.
La bourgeoisie constituante prend peur et réagit aussitôt. C’est là qu’on retrouve le petit avocat rennais de la nuit du 4 août. Ce député du tiers-état fait voter, le 14 juin 1791, une loi qui portera son nom. Elle interdit toute association entre personnes d’un même métier et toute coalition ouvrière. Maîtres et compagnons ne peuvent nommer de présidents, secrétaires ou syndics et « prendre des arrêtés sur leurs prétendus intérêts communs ». En clair, cette loi entraînera l’interdiction de faire grève et de créer des syndicats. La liberté du travail l’emporte sur la liberté d’association. Un décret du 20 juillet étend ces interdictions aux campagnes, à l’encontre des fermiers, des ouvriers agricoles et des domestiques.
Quelques Jacqueries éclateront en province et une manifestation ouvrière républicaine sera réprimée dans le sang lors de la fusillade du Champ-de-Mars le 17 juillet 1791.
Exactement une semaine après le vote de cette loi, le roi est arrêté à Varennes alors qu’il fuyait le pays. Il est destitué, la Constituante est abolie le 30 septembre 1791 et la Première République est proclamée le 21 septembre 1792. Louis XVI est décapité le 21 janvier 1793 à 10h20 du matin. En tant qu’un des chefs du parti des royalistes-constitutionnels, Le Chapelier prendra lui aussi le chemin de l’échafaud le 22 avril 1794. Mais sa loi va lui survivre encore très longtemps, près d’un siècle. En effet, il faut attendre 1864 et une loi de l’Empereur Napoléon III pour que la grève soit tolérée et enfin la loi Waldeck-Rousseau de mars 1884 pour que les syndicats puissent voir le jour officiellement, ce qui conduira directement à la fondation dix ans plus tard, en septembre 1895, de la Confédération Générale du Travail dont FO est l’héritière.
1830 - Les Trois Glorieuses
Après le congrès de Vienne de 1815, une chape de plomb réactionnaire s'abat sur l'Europe. Mais quinze ans plus tard un vent révolutionnaire va changer la donne, en particulier en France.
Charles X, le dernier frère de Louis XVI, monte sur le trône en 1824. C'est un royaliste réactionnaire forcené qui s'entoure de ministres du mouvement des Ultras comme le prince Polignac nommé au ministère de l'Intérieur.
Le 25 juillet 1830, le roi signe quatre ordonnances : dissolution de la chambre, censure de la presse, collèges électoraux réduits, suffrage censitaire renforcé. Le lendemain, elles paraissent dans le Moniteur pendant que le roi chasse à Saint-Cloud. Mais la bourse baisse et les journaux annoncent qu'ils vont résister à la censure dans un contexte où, depuis quelques années, les bourgeois libéraux sont en contact avec les milieux républicains parisiens.
Le 27 juillet, les étudiants et les typographes manifestent dans les rues. Des patrons ferment leurs ateliers en engageant leurs ouvriers à rejoindre cette agitation. Les premières barricades s'élèvent dans l'Est parisien.
Le 28 juillet, le maréchal Marmont envoie quatre colonnes place de la Bastille. Mais les rues sont étroites et les insurgés disposent des fusils de la garde nationale dissoute en 1827. L'armée doit se replier sur les Tuileries.
Le 29 juillet, les révoltés prennent les Tuileries et Marmont se replie sur Saint-Cloud. Les députés libéraux forment une commission municipale et placent à la tête de la garde nationale reconstituée le vieux et populaire La Fayette. Les partisans du duc d'Orléans, Louis-Philippe, rédigent une proclamation en sa faveur. Le 31 juillet, le duc en uniforme de la garde nationale se rend à l'Hôtel de Ville où La Fayette lui donne l'accolade devant la foule enthousiaste. Charles X est alors contraint d'abdiquer et s'exile en Angleterre où il mourra six ans plus tard.
Le 7 août, Louis-Philippe devient « roi des Français » et non plus « roi de France ». C'en est fini de la dynastie des Bourbon. Mais les républicains et les socialistes ont raté le coche. Il faudra attendre encore dix-huit ans ! Les Trois Glorieuses ont été immortalisées par le tableau de Delacroix, La liberté guidant le peuple, avec cette révolutionnaire au sein nu sur une barricade que le commun rattache à tort à la prise de la Bastille de 1789.
Cette dynamique libérale va rapidement inspirer les pays voisins avec plus ou moins de succès : la Serbie, la Grèce, la Belgique, la Suisse, le Portugal, l'Espagne, la Pologne, l'Italie.
1848 - La première révolution ouvrière
L’année 1848 marque un tournant dans l’Histoire du mouvement social européen contemporain. Pour la première fois des révolutions ouvrières s’expriment ouvertement en tant que telles, ce que l'historiographie retiendra comme le « printemps des peuples ».
Comme en 1789 et 1830, les révolutions de 1848 sont filles de la crise économique. En 1846 une grave crise agricole touche le pays. En mai-juin 1847, les ouvriers affamés de Paris et de Lisieux pillent les boulangeries. Les nouveaux progrès techniques et une crise financière jettent de nombreux ouvriers à la rue. En 1847, 30% des métallos et 20% des mineurs sont sans emploi. 8 000 des 13 000 ouvriers roubaisiens sont au chômage. Les patrons en profitent pour baisser les salaires qui chutent de 30% à Rouen. On retrouve du reste cette misère dans les œuvres d’Alexandre Dumas.
Les politiciens républicains sentent qu’ils peuvent renverser la « Monarchie de Juillet ». De novembre 1847 à février 1848, ils organisent de grands « banquets républicains » dans toute la France. Point d’orgue, celui qui est prévu à Paris pour le 22 février 1848. Mais Louis Philippe prend peur et l’interdit. Grosse erreur. C’est l’étincelle qui va déclencher l’insurrection. Le 24 février, le Roi abdique. Le jour même un gouvernement provisoire se met en place et proclame la Seconde République, abolit l’esclavage (pour la deuxième fois) et instaure le suffrage universel, sous la protection des ouvriers parisiens en armes. Le lendemain, ces derniers entrent dans la salle de réunion du tout nouveau gouvernement et exigent le « droit au travail ».
Le 27 février 1848, les « Ateliers Nationaux » sont créés pour employer les chômeurs. En mars, ils sont 20 000 inscrits, touchant deux francs par jour, puis 100 000 en mai, mais ne recevant plus qu’un franc. Le 28 février, les mêmes ouvriers parisiens en armes avaient investi l’Hôtel de Ville de Paris et imposé la journée de 10 heures dans la capitale. Ils ont aussi demandé la création d’un ministère du travail, sans succès. Les 17 mars et 16 avril suivants, les manifestations populaires reprennent à Paris pour empêcher la tenue des élections prévues pour le 23 avril, mais organisées et manipulées par les républicains modérés et les conservateurs.
La contre révolution bourgeoise se met en place à compter du 15 mai 1848 alors que les faubourgs parisiens manifestent devant la nouvelle Assemblée nationale. Le gouvernement dispose en effet désormais dans et autour de la capitale de plus de 60 000 hommes bien armés. Les leaders révolutionnaires (Blanqui, Barbès, Raspail) sont arrêtés et les pleins pouvoirs donnés au sinistre général Cavaignac pour rétablir l’ordre.
Aussitôt 400 barricades sont érigées dans l’Est parisien. Le slogan des insurgés est « Du travail ou du pain. Du pain ou du plomb ». Du 23 au 26 juin 1848 les combats font rage. Il n’y a que 25 000 hommes et femmes sur les barricades, mal équipés. 3 000 d’entre eux y tomberont et 1 500 autres y seront fusillés à leurs pieds. L’armée qui n’a perdu que 1 500 hommes, arrête 25 000 personnes. 11 000 seront finalement jugés et condamnés dont 4 000 aux terribles bagnes du désert algérien.
Le 3 juillet, les Ateliers Nationaux sont fermés et en novembre, la nouvelle constitution ne parle plus du « droit au travail » demandé par les ouvriers le 25 février 1848.
C’est la première fois qu’il y a divorce entre la République et le socialisme. Ce ne sera pas hélas la dernière. Drapeau tricolore, contre drapeau rouge. La répression de juin 1848 a été extrêmement féroce. Il s’agit tout simplement de la répétition de la semaine sanglante de la Commune de Paris en 1871. Les républicains vont payer leur trahison. La « classe ouvrière », qui commence à se reconnaître sous ce terme et à s’organiser, laisse Louis Napoléon Bonaparte se faire élire premier Président de la Deuxième République en décembre 1848 et ne bouge pas le petit doigt lorsque ce dernier fait son coup d’État le 2 décembre 1851. Pourquoi mourir pour une République bourgeoise qui assassine ?
1871 - La Commune de Paris
Parmi les grandes dates du mouvement ouvrier, la Commune de Paris tient une place bien particulière. Dernière révolution du XIXe siècle, c'est aussi la première tentative de prise en main de leur destin par les ouvriers.
Le Second Empire n'était pas tendre avec les travailleurs. En 1854, l'obligation du livret ouvrier est généralisé. Entre 1851 et 1860, 106 grèves éclatent. À la veille de la Commune, les grèves se multiplient à Paris, Anzin, Rouen... L'association Internationale des Travailleurs (AIT) fondée en 1864 s'occupe plus d'action sociale que de politique. En 1869, elle regroupe plus de 10 000 membres à Paris, Marseille, Lyon et Rouen.
En février 1870, les républicains tentent de soulever le quartier Belleville. L'AIT s'y refuse. Mais un autre drame se prépare. Pour sauver son empire, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. Avec 265 000 hommes contre 500 000, la défaite est inévitable. Le 2 septembre 1970, l'empereur capitule sans condition à Sedan. Le 4 septembre 1970, la foule de Paris proclame la République à l'Hôtel de Ville. Le 19 septembre, les Prussiens mettent le siège devant la capitale. Léon Gambetta s'échappe en ballon et tente d'organiser la résistance depuis Tours. Hélas, les nouvelles armées de la République sont toutes défaites.
Fin septembre 1970, Paris toujours encerclée est défendue par 100 000 soldats de métier, 115 000 gardes mobiles et 340 000 gardes nationaux, la milice civile. Ces derniers sont en liaison constante avec les sections de l'AIT.
Le 31 octobre 1970, la prise du fort du Bourget par les Prussiens déclenche une insurrection. Le froid, la faim, l'esprit des soldats de l'An II, la volonté d'en finir avec l'Empire, les royalistes et les libéraux, enflamment le peuple de Paris.
L'armistice signé le 28 janvier 1871 est suivi par des élections législatives gagnées par le conservateur Adolphe Thiers alors que Paris élit Gambetta, Victor Hugo, Garibaldi... Le 26 février 1971, Thiers cède l'Alsace et la Lorraine et laisse les troupes allemandes défiler dans Paris. Il transporte par ailleurs l'Assemblée à Versailles, l'ex-ville royale, et supprime la solde des gardes nationaux. Enfin, le 18 mars 1971 à l'aube, il tente de faire reprendre les canons de ces derniers parqués à Montmartre.
C'est l'explosion, les premières barricades. Thiers se replie à Versailles. Le comité central de la garde nationale s'installe à l'Hôtel de Ville. Les élections du conseil général de la Commune ont lieu le 26 mars 1971. Les 65 élus, dont 25 ouvriers, proclament la Commune et se déclarent gouvernement de la France. D'autres Communes voient le jour en province : Lyon, Marseille, Saint-Etienne, Le Creuzot, Grenoble, Limoges, Toulouse, Nîmes, Narbonne, Perpignan, Périgueux, Bordeaux.
Les Communards, à 80% ouvriers et artisans, développent un programme socialiste, fédéraliste et féministe. Ils prennent le drapeau rouge, réorganisent l'économie au profit des travailleurs (gel des dettes et des loyers, interdiction de l'usure et des retenues sur salaire, suppression du travail de nuit) et instaurent, avant Jules Ferry, l'éducation gratuite, obligatoire et laïque.
Mais Paris est à nouveau assiégée, cette fois-ci par les troupes régulières versaillaises en surnombre conduites par Mac Mahon (130 000 contre 30 000). Le 21 mai 1871, la Porte de Saint-Cloud est enfoncée. Les Versaillais organisent alors, du 22 au 28 mai 1871, un véritable carnage qui reste dans les mémoires sous le nom de « La semaine sanglante !» avec 20 000 Communards fusillés sans distinction de sexe ou d'âge. Parmi les survivants, 10 000 seront déportés au bagne de Nouvelle-Calédonie.
Paris vivra sous état de siège jusqu'en 1878 et sera privé de maire de la ville jusqu'en 1977, un siècle !
Grande insurrection ouvrière désavouée par les classes possédantes, même libérales, la Commune reste ancrée dans la mémoire collective du mouvement syndical. Que reste t-il des damnés de la Commune ? De rares monuments aux morts presque oubliés (Le mur des Fédérés, Aux victimes des révolutions) et une chanson d'espoir, Le temps des cerises...
1884 - La loi Waldeck-Rousseau
Paradoxalement, ce n’est pas la Révolution française qui a apporté la liberté au monde ouvrier, mais le Second Empire de Napoléon III avec la loi Ollivier, prémices de la loi Waldeck-Rousseau.
En 1791, la loi Le Chapelier interdit les coalitions de travailleurs. Malgré les révolutions de 1830 et 1848, le droit de constituer des syndicats est toujours refusé aux travailleurs. Le Second Empire, instauré en 1851 par Napoléon III, voit la France entrer dans la révolution industrielle. C’est l’époque de la naissance du prolétariat français, trimant dans les usines et les ateliers dix à douze heures par jour. Entre 1862 et 1864 les grèves sur le tas se multiplient dans tout le pays. L’empereur aurait pu choisir la répression, il a préféré l’ouverture, demandant au député républicain Émile Ollivier de préparer une loi. Cette dernière est votée le 25 mai 1864. Elle supprime le délit de coalition instauré par la loi Le Chapelier. Le droit de grève est reconnu mais restrictif : interdiction d’entrave au droit du travail et de toutes violences. En même temps les employeurs sont interdits de lock-out. Qui dit droit de grève, dit indirectement le droit de s’organiser. La reconnaissance des syndicats est en marche, momentanément stoppée par la répression de la Commune de Paris.
En 1880, Jules Ferry est l’initiateur d’un projet d’autorisation de syndicats d’ouvriers et de patrons. Mais confronté aux multiples tentatives d’enlisement menées par les députés conservateurs, ce n’est qu’après quatre ans de joutes parlementaires que Waldeck-Rousseau (1846-1904), ministre de l’Intérieur du gouvernement Ferry, pourra enfin faire voter la loi du 21 mars 1884. Elle soumet le fonctionnement des syndicats à des règles très strictes. L’organisation des salariés peut désormais se développer au grand jour, mais à l’extérieur des ateliers et des usines. Les syndicats restent interdits sur les lieux de travail et dans la fonction publique, mais ils ont le droit d’aller en justice, de disposer du produit de leurs cotisations, d’acquérir les immeubles nécessaires à leur activité, de constituer des caisses de secours mutuels et de retraite. Les syndicats doivent déposer leurs statuts et indiquer les noms de leurs dirigeants, qui devront être français et jouir de leurs droits civiques, ce qui permet d’écarter nombre de communards qui en sont privés. Dès 1886, une fédération nationale des syndicats est créée à Lyon. En 1892 apparaît la Fédération des Bourses du travail. Tout est désormais en place pour la fondation de la Confédération Générale du Travail, à Limoges, en 1895.
1943 - Le Conseil National de la Résistance (CNR)
Il s'agit de la plus haute institution de la France clandestine, crée en mai 1943 par Jean Moulin, selon les instructions du général de Gaulle qui voulait instituer un organisme représentatif de toutes les tendances politiques de la Résistance.
Le Conseil était composé de 16 membres :
- 8 représentants des mouvements de résistance (Front national de la résistance/Ceux de la Libération/Ceux de la Résistance/Libération-Nord/Libération-Sud/Organisation civile et militaire/Front patriotique de la Jeunesse/Combat/Franc-Tireur) ;
- 6 représentants des partis politiques (PCF/SFIO/Parti Radical/Parti démocrate populaire/Alliance démocratique/Fédération républicaine) ;
- 2 représentants des syndicats ouvriers (CGT/CFTC).
Cette organisation atypique, dans le texte « l'embryon de la représentation nationale », était un travail de l'imagination motivé par deux causes nationales trans-partisanes : libérer la France et préparer la nouvelle France. Il n'y eut pas de mouvement comparable dans toute l'Europe.
Il s'est réuni pour la première fois le 27 mai 1943, au 48 rue du Four à Paris, sous la présidence de Jean Moulin, ce qui a permis au général de Gaulle arrivant à Alger de se réclamer de la Résistance intérieure unie et d'affirmer sa légitimité vis-à-vis du général Henri Giraud (le dauphin de Pétain) et des Alliés.
Après l'arrestation de Jean Moulin à Caluire le 21 juin 1943, Le CNR se donne un nouveau président, Georges Bidault, qui n'est plus le délégué général de de Gaulle. Il s'ensuit une sorte de dualité de pouvoir, son bureau permanent ainsi que sa commission d'action (Comac) - organismes où l'influence communiste était dominante - s'efforçant tous deux d'acquérir une indépendance vis-à-vis du général de Gaulle, et de diriger résistance et insurrection. Mais privé de moyens, il ne pourra jouer un rôle que dans la libération de Paris.
Auparavant, à travers les commissions héritées des divers mouvements, le CNR a préparé la mise en place des comités de libération, les mesures concernant la presse et surtout élaboré le « programme d'action de la Résistance » (mars 1944), véritable charte des mesures politiques, économiques et sociales à prendre à la Libération, et qui sont à l'origine des grandes réformes de l'après-guerre (nationalisations, Sécurité sociale, comités d'entreprise, par exemple).
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