Les archives ont gardé la trace du premier syndicat crée en 1919 pour les employés de la Ville de Périgueux : il s'agit du « Groupe Amical des Employés de l'Octroi de la Ville de Périgueux ». Ses statuts, à la calligraphie élégante et penchée, fixent un but qui nous fait mesurer à quel point nous avons changé diamétralement d'époque : « Le but du Groupe comporte l'étude et la défense des intérêts économiques et moraux de la corporation (article 2) ».
Deux ans plus tard, en 1921, les statuts d'un nouveau syndicat sont déposés, le « Syndicat des Agents Municipaux et Départementaux de la Dordogne ». Confédéré, donc fidèle à la Charte d'Amiens et à la non politisation des mobilisations, ce syndicat adhère pleinement aux statuts de la CGT.
Le Congrès de Lille de décembre 1921 marquant la première scission de la CGT a eu des conséquences bien naturelles sur le maillage local des forces syndicales. En 1922, les statuts du « Syndicat unitaire du personnel municipal de Périgueux » sont déposés. Ce syndicat adhère aux statuts de la CGT unitaire (CGT-U) qui met en œuvre la doctrine communiste. En 1931 il deviendra le « Syndicat autonome des travailleurs municipaux de la Ville de Périgueux ».
Les 2 courants - confédérés et unitaires - vont cohabiter dans la sphère syndicale locale jusqu'à l'année 1936 qui consacre leur fusion sous le nom de « Syndicat des travailleurs municipaux de la Ville de Périgueux ». Il ne s'agit en réalité que la conséquence du Congrès de la CGT à Toulouse, la même année, qui a acté le retour de la CGT-U dans le giron de la CGT.
Au-delà des désaccords qui furent réels, jusqu'à être clivants, il est intéressant de relever le champ lexical commun des statuts des différentes organisations syndicales qui se sont succédées ou côtoyées, la preuve que l'essentiel était partagé. L'article 2 des statuts de 1936 (réunification de la CGT locale) en livre la synthèse la plus complète :
« Le syndicat a pour objet de resserrer les liens de fraternité et de solidarité qui doivent unir tous ses membres et d'arriver au maximum d'amélioration et de leur situation morale et matérielle.
À cet effet, son but est d'étudier et de faire aboutir les revendications d'ordre général concernant l'ensemble des salariés municipaux. Le syndicat se réserve le droit d'entreprendre toute campagne utile à l'amélioration des rouages administratifs pouvant apporter un bien être général à ses membres, et à la collectivité.
Il adhère pleinement et loyalement aux statuts de la CGT. »
Le démon du syndicalisme n'en restera toutefois pas là. La CGT connaîtra sur le plan national deux autres scissions, une en 1939, l'autre en 1947. Cette dernière conduira la CGT restée fidèle à la Charte d'Amiens à fonder en 1948 la « Confédération Générale du Travail - Force Ouvrière » (CGT-FO), le vrai nom de Force Ouvrière.
Cette appellation ne doit rien au hasard. Selon les propos de son premier Secrétaire Général - Robert Bothereau - « Nous continuons la CGT, [...] celle qui avec le journal clandestin Résistance Ouvrière de la période d’occupation refusa toute emprise politique afin de défendre efficacement les intérêts propres des salariés ».
À Périgueux le choix est vite tranché : le seul syndicat en place adhère dès 1948 par simple avenant à ses statuts à la Fédération Force Ouvrière des Personnels des Services Publics et des Services de Santé ; il prend par ailleurs pour nouveau titre « Syndicat FORCE OUVRIERE du Personnel Municipal de la Ville de Périgueux ».
Son premier secrétaire fut Marcel BEAUVIEUX. Huit autres suivront jusqu'à nos jours, dans une chaîne de transmission de valeurs souvent à rebours de la pensée unique : un goût immodéré pour le liberté, le sens des responsabilités, l'ouverture d'esprit, la République non pas comme l'acceptation d'une réalité imparfaite mais comme idéal à défendre.
0 Commentaires